CADRE JURIDIQUE
Faire appel à un indépendant sans risque de requalification
Faire appel à un travailleur indépendant auto-entrepreneur est parfaitement légal. Il peut intervenir dans votre magasin, votre entrepôt ou votre usine, demain si le besoin est là. Ce qui change tout, ce n'est pas le papier signé : c'est la façon dont la prestation se déroule vraiment. Voici ce que regardent les juges, et comment on s'y tient à chaque mission.
Par Alexandre Beaussier, président d'Opavera. Mis à jour le 12 octobre 2026
Ce que dit la loi
Bonne nouvelle : le Code du travail part du principe qu'une personne immatriculée comme indépendante n'est pas salariée de ses clients (article L. 8221-6). Cette présomption n'est pas un blanc-seing. Elle tombe dès que l'on montre que, dans les faits, la personne travaille sous la subordination permanente du client.
Depuis 1996, la Cour de cassation dit clairement ce qu'est ce lien de subordination : un travail mené sous l'autorité de quelqu'un qui peut donner des ordres, contrôler qu'ils sont suivis, et sanctionner si ce n'est pas le cas.
En 2018, elle a appliqué ce raisonnement aux plateformes (arrêt Take Eat Easy). Géolocalisation + sanctions : cela suffisait à caractériser la subordination, même avec un statut d'indépendant. Autrement dit : l'étiquette ne protège pas. Seule compte la réalité de la relation.
Deux risques à ne pas confondre
On dit souvent « risque URSSAF » comme s'il n'y en avait qu'un. En pratique, il y en a deux, avec des causes et des réponses différentes.
| Risque | D'où il vient | Ce qu'il coûte | Comment s'en protéger |
|---|---|---|---|
| Requalification en contrat de travail | La relation ressemble à un emploi : ordres, planning imposé, intégration à une équipe, dépendance à un seul client | Rappel de cotisations sur toute la période, majorations, indemnités prud'homales | Cadrer chaque prestation par un résultat, et garder un œil sur la relation dans la durée |
| Travail dissimulé | Le prestataire n'est pas en règle (immatriculation, déclarations) et vous ne l'avez pas vérifié | Vous pouvez être solidaire des cotisations et impôts dus par le prestataire ; sanctions pénales dans les cas graves | Obligation de vigilance : documents à demander dès 5 000 € HT, puis tous les six mois |
Chez Opavera, on agit sur les deux, mais pas de la même manière. On cadre et on suit la relation ; on collecte aussi les documents de vigilance. L'obligation de vigilance, elle, reste la vôtre au sens de la loi.
Les six réflexes d'une prestation bien cadrée
Décrire un résultat, pas un poste. « Réimplanter le rayon conserves selon le planogramme fourni » : c'est une prestation. « Présence en rayon le samedi » : c'est un poste.
Proposer un créneau d'intervention, pas un planning imposé. Le prestataire organise son temps dans la plage convenue. Lui imposer d'être là à la minute près, c'est déjà un indice de subordination.
Laisser le prestataire choisir ses méthodes. Vous fixez le résultat et les règles du site (sécurité, accès). Vous ne dirigez pas le travail au quotidien.
Laisser le prestataire fixer son prix. Un tarif dicté par le client ou par la plateforme rapproche la relation du salariat.
Varier et limiter dans le temps. Le même indépendant, chez le même client, les mêmes jours, pendant des mois : c'est exactement le schéma que les contrôles repèrent.
Vérifier les documents avant la première prestation, puis régulièrement. Immatriculation, attestation de vigilance de moins de six mois, assurance : on les regarde avant, puis on les tient à jour.
Ce qu'Opavera contrôle
La conformité ne se décrète pas dans un contrat. Elle se vérifie avant, pendant, et dans la durée.
Avant la prestation
- Identité et autorisation de travail du prestataire
- SIRET actif, attestation de vigilance, assurance responsabilité civile professionnelle
- Qualifications et habilitations quand le métier l'exige
- Formulation du besoin : un résultat, un créneau, un périmètre. Si la demande ressemble à un poste ou à un remplacement, elle ne passe pas à la publication.
Pendant la prestation
- Un contrat de prestation généré pour chaque mission, entre vous et le prestataire
- Le prix fixé par le prestataire
- Les documents tenus à jour, consultables depuis votre espace
Dans la durée
- Combien de temps le même indépendant intervient chez le même client, tous types de prestations confondus
- Quelle part de son chiffre d'affaires il réalise avec vous
- Des alertes avant qu'une relation ne dérive, et un historique horodaté si un contrôle arrive
Ce qui reste à votre charge
Soyons clairs : aucune plateforme ne peut, à votre place, garantir ce qui se passe réellement sur votre site.
- Vos managers ne donnent pas d'ordres au prestataire sur la façon de travailler, et ne l'intègrent pas à l'équipe.
- Vous respectez le créneau et le périmètre décrits.
- L'obligation de vigilance reste la vôtre. On collecte les documents et on les rend consultables ; c'est vous qui en restez responsable au sens de la loi.
C'est aussi pour ça qu'on accompagne vos responsables de site sur les bons réflexes.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur peut-il intervenir régulièrement dans mon magasin ?
Oui, à condition que chaque intervention reste une prestation définie par un résultat, et que la relation ne bascule pas en emploi de fait. La régularité n'est pas interdite en soi. Ce qui pose problème, c'est le cocktail durée + exclusivité + directives. On surveille ces indicateurs pour vous.
Quelle est la différence avec l'intérim ?
En intérim, une agence met un salarié à votre disposition et vous dirigez son travail. Avec un indépendant, vous achetez un résultat : c'est lui qui organise son travail. Les deux sont légaux, ils ne se gèrent juste pas de la même façon.
Qui est responsable en cas de contrôle ?
Vous restez responsable des conditions réelles de la prestation et de votre obligation de vigilance. De notre côté, on vous fournit un historique complet : contrat, documents du prestataire, description de chaque prestation, dates.
Dois-je vérifier moi-même l'attestation de vigilance ?
L'obligation légale s'applique dès 5 000 € HT de prestations avec un même prestataire, avec un renouvellement tous les six mois. On collecte et on suit ces documents ; vous pouvez les consulter à tout moment depuis votre espace.
Pour les petits travaux, quelles assurances sont vérifiées ?
Sur Opavera Opex, on contrôle la responsabilité civile professionnelle et, quand les travaux l'exigent, la garantie décennale, ainsi que les habilitations (électriques notamment).
Que se passe-t-il si une relation devient à risque ?
On vous alerte et on vous propose d'autres prestataires. Au-delà de certains seuils, on suspend la publication de nouvelles prestations avec le même indépendant.
Sources
- Code du travail, article L. 8221-6 (présomption de non-salariat)
- Code du travail, article L. 8222-1 (obligation de vigilance)
- Code du travail, article L. 8222-2 (solidarité financière)
- Code du travail, article D. 8222-5 (documents de vigilance)
- Cour de cassation, chambre sociale, 13 novembre 1996, n° 94-13.187 (définition du lien de subordination)
- Cour de cassation, chambre sociale, 28 novembre 2018, n° 17-20.079 (Take Eat Easy)
Un besoin à cadrer ?
Décrivez-le : on vous dit sous 24 h comment le formuler comme une prestation.